Hommage à Marie-Pierre Thiébaut

Par Joëlle Pages-Pindon

Marie-Pierre Thiébaud nous a quittés.

Artiste singulière, elle avait partagé avec Marguerite Duras, outre de longues années d'amitié, un imaginaire en résonance profonde avec celui de l'écrivain. En accompagnement à une exposition de sculptures de Marie-Pierre Thiébaut, en 1972, Marguerite Duras avait écrit un texte intitulé "Au fond de la mer" qu'elle fit ensuite figurer dans Outside. Quel plus bel hommage pourrions-nous rendre au travail de l'artiste, que de citer ces mots de l'écrivain, si authentiquement "voyant" face au mystère de la création?

 

   "Où est-on ? Dans le fond de la mer ? Dans le fond d'une femme ? Dans un puits ?           Dans un fruit ? Je crois qu'on est à la fois dans la mer et dans l'organe. Dans le

    milieu premier, commun, la symbiose marine.

    La force et la grâce des sculptures de Marie-Pierre Thiébaut viennent, il me semble, de là.     (...)

    Toutes les sculptures de Marie-Pierre Thiébaut pourraient être agrandies aux

    dimensions architecturales. Toutes, même les plus petites sont de nature  

    monumentales." (Outside, 1981)

 

Récemment, Marie-Pierre Thiébaut m'avait fait l'amitié d'accompagner un recueil de mes poèmes par ses créations qu'elle nomme "imprégnations" : traces énigmatiques et légères d'argile grise ou bleue déposées sur de fins carrés de coton. Dépourvues de toute volonté d'illustration, ces oeuvres sont en dialogue avec les textes et puisent aux mêmes sources : retenir le monde, ombre et lumière, quand il s'ouvre ou se ferme ; croire à la pérennité de ses traces, inscrites dans l'argile ou dans les mots. Quand ce livre Naissances d'argiles verra le jour aux Editions du Frisson esthétique, je souhaiterais qu'il vienne combler une absence et témoigner de l'empreinte ineffaçable d'une oeuvre artistique unique et forte.

 

 

" La Maladie de la mort " à NANCY du 28 janvier au 29 avril 2010

 THEATRE "LA MALADIE DE LA MORT" de Marguerite Duras par la Cie l'escalier

mise en scène Sandrine Gironde

                                                             du 28 janvier au 29 avril  15 dates

http://www.cie-escalier.com/   http://lesyeuxverts.over-blog.fr/

 

" L'amie" Des journées entières avec Marguerite Duras

Tous les MERCREDIS à 21h30 jusqu'au 24 mars au théâtre ESSAION Nathalie Grauwin lit le livre de Michèle Manceaux "l'amie". Adapté à la scène par Philippe Honoré le spectacle retrace l'amitié, l'intimité de Michèle Manceaux et de Marguerite Duras.   Réservations 01 42 78 46 82   www.essaion.com

 

 

Prochaines RENCONTRES DE DURAS 14,15 et 16 mai 2010

Thème de ces 13èmes RENCONTRES DE DURAS : "l'alcool"

L'alcool dans l'oeuvre écrite et dans la vie de Marguerite Duras.

 

"J'ai vécu seule avec l'alcool des étés entiers à Neauphle. Les gens venaient aux week-ends. Pendant la semaine, j'étais seule dans la grande maison, c'est là que l'alcool a pris tout son sens. L'alcool fait résonner la solitude et finit par faire qu'on le préfère à tout. Boire ce n'est pas obligatoirement vouloir mourir, non. Mais on ne peut pas boire sans penser qu'on se tue. Vivre avec l'alcool, c'est vivre avec la mort à la portée de la main (...)On manque d'un dieu. Ce vide qu'on découvre un jour d'adolescence rien ne peut faire qu'il n'ait jamais eu lieu. L'alcool a été fait pour supporter le vide de l'univers, le balancement des planètes, leur rotation imperturbable dans l'espace, leur silencieuse indifférence à l'endroit de votre douleur. L'homme qui boit est un homme interplanétaire. C'est dans un espace interplanétaire qu'il se meut. C'est là qu'il guette. L'alcool ne console en rien, il ne meuble pas les espaces psychologiques de l'individu, il ne remplace que le manque de Dieu. Il ne console pas l'homme. C'est le contraire, l'alcool conforte l'homme dans sa folie..." La Vie matérielle

"On ne peut pas écrire sans la force du corps. Il faut être plus fort que soi pour aborder l'écriture, il faut être plus fort que ce qu'on écrit .." Ecrire