Marguerite DONNADIEU dite DURAS...

un mot : DURAS

comme demeure d'écrit

"Les mots sont aussi des demeures" Jean Cayrol

La maison d'Uderan aujourd'hui

 

© Louis Derigon-AssociationMargueriteDuras

un nom : DURAS

Son nom du père dans Uderan désert


Pénétrer l'univers de Marguerite Duras, c'est parcourir les forêts du Vietnam, les longues terres écartelées par le Mékong, longer ses affluents, la boue des rizières, atteindre "l'eau mortelle du Gange"… ou la plage des Roches Noires de Trouville.

Mais la région de Duras, en Lot-et-Garonne, est, elle aussi, terre d'écriture et source de création.

 

 

Si l'auteure de L'amant est née en Indochine le 04 avril 1914, son père Henri Donnadieu était originaire de Villeneuve sur Lot, en Lot-et-Garonne, ainsi que ses grands-parents et arrière-grands-parents.

 

En 1921, Henri Donnadieu quitte l'Indochine, sa femme et ses enfants et rentre en France pour soigner une dysenterie amibienne. Il décède dans sa maison de Platier, commune de Pardaillan, achetée peu de temps avant. Il est inhumé à Lévignac de Guyenne, près de Duras. 
De 1922 à 1924, Marie Legrand-Donnadieu séjourne à Platier avec sa fille Marguerite et ses deux fils Pierre et Paul. Elle encourage la relation d'amitié entre sa fille et une petite voisine Yvette Amelin. Yvette Amelin, demeure encore dans la région et se souvient très bien de cette période de son enfance.

 

Dès 1943, Marguerite témoigne de son attachement à la terre paternelle, en choisissant comme pseudonyme le nom de Duras, pour son premier roman Les impudents. Le cadre de ce récit se situe dans la région. On retrouve la propriété du père, les paysages du Lot-et-Garonne, la rivière Le Dropt. De même dans La vie tranquille (1944), le domaine des Bugues, nous ramène à Platier, aux souvenirs de ce monde rural, aux impressions d'enfance.

Marguerite Duras reviendra à Platier en 1965 avec Jeanick Ducot, un ami, peintre et photographe, le temps d'y faire une visite et quelques photos.
A la fin de sa vie, elle demandera à Yann Andréa, son compagnon, de la ramener, sur la tombe de son père et dans la maison où celui-ci était mort. Craignant qu'elle ne supporte le voyage, Yann refusera.

En 1997, est née L'association Marguerite Duras issue de la rencontre et du travail de quelques habitants et de spécialistes de l'œuvre de MD (biographes, universitaires, auteurs…).

L'association a pour but de faire connaître les liens de Marguerite Duras avec le Lot-et-Garonne, de poursuivre les recherches sur la vie de l'auteure dans la région pour les mettre à disposition de tout public. Elle s'applique aussi à approfondir et transmettre l'œuvre (roman, théâtre, cinéma) et espère pouvoir partager l'espace infini de la langue de la parole de l'auteur.

 

Un auteur, une terre d'écriture

Il suffit de lire quelques lignes d'un texte de Marguerite Duras pour reconnaître le chant, la musique de cet auteur. Alors naît le contact avec la fibre du mot, sa respiration, sa pulsion. Ainsi se crée la connivence, entre l'auteur et le lecteur. Ce dernier semble partager une confidence, envahi corps et âme par le murmure, le cri ou le silence. Chaque personnage devient une partie de soi, chaque lieu un mythe personnel.

 

A partir des années 60, l'écriture abandonne toute ambition descriptive. Elle se fait elliptique, se dénude. Elle donne voix à un temps intérieur où se superposent passé, présent et futur. Le style durassien est né. L'écriture est alors source même de réflexions, espace de création. Comme pour tout grand poète, chaque mot, chaque syllabe devient le point d'orgue du récit.

 

A chaque texte, naît le combat de l'impossible à dire, à écrire et la parole incessante qui s'impose, s'expose. "L'enfance lointaine" est psalmodiée en de multiples variations. Dans cette incessante quête Marguerite Duras mélange, bouleverse les formes. "Textes, théâtres, films", dans une fascinante alchimie se croisent et se rencontrent pour mieux atteindre le cœur de l'indicible. Le blanc, les pages vides révèlent la grandeur, la liturgie du texte. Mais par le silence, le lecteur assiste aussi à la naissance de la phrase, à sa résonance. 

Le lecteur joue de l'intertextualité en assistant d'un texte à l'autre au retour des thèmes et des personnages durassiens. La parole incessante envahit l'œuvre comme dans ces histoires sans fin où le conteur chante et transmet les mots pour ne pas mourir.

 

En adoptant ce pseudonyme, Marguerite Duras nous livre sans doute une clé pour mieux approcher son œuvre. Car Duras, c'est aussi un pays, une région, une campagne, un vignoble, un fruit, une hauteur, une ville, un château. C'est un passé riche d'histoire, avec ses figures et ses légendes, et le profil perdu d'une première femme de lettres, Claire de Duras (1778-1828), amie de Chateaubriand.

 

Duras… un pseudonyme célèbre et déjà un lieu de mémoire.

 

Extrait sonore :
Marguerite Duras
Le ravissement de la parole
par Jean-Marc Turine
INA / Radio France