Joëlle PAGES-PINDON

 

Agrégée de lettres classiques, professeur honoraire de Chaire supérieure en langue et littérature latines (Khâgne classique de Janson de Sailly à Paris), Joëlle Pagès-Pindon est Vice-présidente de L’Association Marguerite Duras et chercheur associé du laboratoire THALIM-Sorbonne Nouvelle.

 

Sur l’œuvre de Marguerite Duras, elle a récemment publié :

  • Marguerite Duras. La voix du ravissement (Bruxelles, L’Arbres à Paroles, 2015)

  • Marguerite Duras, Le Livre dit. Entretiens de "Duras filme" (J. Pagès-Pindon éd., Gallimard, "Cahiers de la NRF", 2014)

  • Coédition des tomes 3 et 4 des Œuvres complètes de Marguerite Duras dans La Bibliothèque de la Pléiade (G. Philippe dir., Gallimard, 2014)

  • Marguerite Duras. L’écriture illimitée (Paris, Ellipses, 2012)

Ses recherches portent sur la genèse de l’imaginaire durassien à travers ce que l’écrivain nomme « le réel vécu comme un mythe » ; elle travaille en particulier sur la dimension matérielle de la voix dans le surgissement d’une écriture à la fois textuelle, scénique et filmique.

Elle intervient dans des théâtres, des cinémas et des galeries d’art autour de l’œuvre de Duras et ses contributions scientifiques sont présentes dans plusieurs ouvrages collectifs ou revues (Cahier de l’Herne Duras, Revue Thélème, Revue des Lettres Modernes Minard série M. Duras, Dictionnaire Duras à paraître aux Editions Champion).

Pour le centenaire de la naissance de Marguerite Duras, elle a été conseiller scientifique de Paris Bibliothèques et commissaire de l’exposition d’archives photographiques « Lieux de Marguerite Duras. De l’Indochine à la rue Saint-Benoît » qui s’est tenue du 27 mars au 1er juin 2014 à la Médiathèque Marguerite Duras (75020).

Elle a participé à de nombreuses manifestations universitaires et culturelles en France (Musée Montebello à Trouville, Palais ducal à Nevers, Château de Duras, Centre culturel de Cerisy-la-Salle, FRAC à Marseille, Amphithéâtre Guizot de la Sorbonne, Théâtre Scène nationale de Sartrouville, Scène Watteau de Nogent sur Marne, Théâtre Artistic-Athévains, Maison des auteurs de la SACD, Centre Pompidou, Ecole Normale supérieure à Paris) et à l’étranger (Festival international des auteurs à Ottawa, Semaine de la francophonie à Bellinzona, colloques et conférences dans les Universités de Madrid, Cork, Lausanne, Shangai et Nankin).

Poète, elle a publié en 2010 un recueil Naissances d’argile (Editions du Frisson esthétique), avec des illustrations de Marie-Pierre Thiébaut, une artiste amie de Marguerite Duras. Elle est également l’auteur - en collaboration avec Alain Pagès - de plusieurs manuels de langue et littérature françaises parus aux éditions Nathan (Le Français au lycée, Le Français en seconde, Les textes littéraires au Lycée).

 

 

 

Extrait

« " Illimité " : Marguerite Duras avait une prédilection pour la puissance poétique de cet adjectif, qu’elle appliquait à des mots emblématiques de son imaginaire : l’enfance – « enfance illimitée » des Cahiers de la guerre ; la mer – « mers illimitées » des Lieux de Marguerite Duras ; la lecture, indissociable pour elle de l’écriture, dans le titre du film Agatha et les lectures illimitées. […]

Loin d’une simple pratique littéraire, l’écriture est pour Duras une expérience existentielle qui n’est pas sans rappeler la figure rimbaldienne du poète voyant. « Le Poète se fait voyant [...]. Il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit – et le suprême Savant ! » écrivait Rimbaud dans une lettre à Paul Demeny ; dans  Écrire, Marguerite Duras a cette formule : « On peut parler d’une maladie de l’écrit. […] Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même ».

Ancrée dans la mémoire et dans le vécu, la création durassienne opère une véritable révolution en inversant la relation qui unit le réel et l’imaginaire : à l’œuvre d’art reflet du vécu, l’écrivain substitue une vie modelée par la fiction. C’est ainsi qu’elle pouvait dire à Pierre Dumayet : « Très vite, ce qui est écrit a remplacé ce qui a été vécu » ou à Aliette Armel « J’ai vécu le réel comme un mythe.» En se donnant l’hétéronyme de « Duras » – le nom de cet Autre qu’est le sujet de l’écriture –, Marguerite Donnadieu opérait sur elle-même un geste inaugural qu’elle réitèrerait plus tard sur celui qu’elle a « ravi » à lui-même, sous le nom mythique de « Yann Andréa » puis de « Yann Andréa  Steiner », « l’homme atlantique ».

Car, à la différence de bien des écrivains de la modernité, Marguerite Duras ne renonce pas aux séductions d’un récit qui est au plus près du « muthos » de l’Antiquité grecque, parole poétique qui dit le monde autrement que l’histoire ou la philosophie ne le disent. De l’épopée des barrages à ce que Claude Roy nomme « la Durasie », des cris du cycle indien au monologue halluciné de la passion, du théâtre de la parole aux incantations du cycle atlantique, l’œuvre ne cesse de décliner les modulations poétiques d’une voix reconnaissable entre toutes : celle de l’écrit durassien ».

(Joëlle Pagès-Pindon, Marguerite Duras. L’écriture illimitée, Ellipses, 2012, p.7- 9)

 

 

 

 

 

 

 

 

 Bibliographie de Joëlle Pagès-Pindon

 

 

 

 

 

 



1.    Dernières publications 

 

  •  Marguerite Duras. La voix du ravissement, Bruxelles, L’Arbre à paroles, 2015.

 

  •    Marguerite Duras, Le Livre dit. Entretiens de "Duras filme", Edition établie, présentée et annotée par Joëlle Pagès-Pindon, Paris, Gallimard, « Les Cahiers de la NRF », 2014.

 

  •  Coédition des tomes 3 (Agatha, Les Lieux de Marguerite Duras) et 4 (Outside2. Le Monde extérieur) des Œuvres complètes de Marguerite Duras, Gilles Philippe dir., Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2014.

 

  •    Marguerite Duras. L’écriture illimitée, Paris, Ellipses, 2012 (240 p).

 

 

2.    Contributions à des ouvrages collectifs

 

  - " Noir désir. Genèse de l'automythographie atlantique dans Le Livre dit", in L'Ecriture désirante : Marguerite Duras, A.M. Reboul et E. Sanchez-Pardo éd., L'Harmattan, 2016.

 -        « Le Livre dit : de la voix qui s’exhibe à la voix qui fait voir », Actes du colloque de Cerisy « M. Duras. Passages, croisements, rencontres », F. de Chalonge éd., Presses Universitaires de Rennes, à paraître. 

-        « Philippe Vilain et Marguerite Duras : de ʺLector in fabulaʺ à ʺEgo scriptorʺ », in Philippe Vilain ou la dialectique des genres, Arnaud Schmitt et Philippe Weigel dir., Orizons, collection « Universités/Comparaisons », 2015, p. 175-184. 

 -        « L’espace cartographique de l’Asie : du discours ethnogéographique de L’Empire français  à l’imaginaire du texte », Marguerite Duras. Altérité et étrangeté ou la douleur de l'écriture et de la lecture. Najet Limam-Tnani éd., Presses Universitaires de Rennes "Interférences", 2013, p. 107-120.

-        « L’espace scripturaire dans Ma Morte de Pierre Albert-Birot », Poésie vivante. Hommage offert à Arlette Albert-Birot, textes réunis et présentés par C. Aurouet et M.Simon-Oikawa, Champion, 2012.

-        « Du subjectile au sujet Duras : ʺC’est moi Agathaʺ », Les archives de Marguerite Duras, Textes réunis et présentés par Sylvie Loignon, Grenoble, ELLUG, 2012, p. 33-43.

-        « Savannah Bay : genèse d’une dramaturgie », Mettre en scène Marguerite Duras, A. Cousseau et D. Denès éd., Presses Universitaires de Nancy, 2011, p. 75-85.

-        « L’Après-midi de M. Andesmas : Topogenèse d’un univers fictionnel », De Kafka à Toussaint - Ecritures du Xxè siècle, P. Bazantay et J. Cleder dir., Presses Universitaires de Rennes, collection « Interférences », 2010, p. 81-93.

-        « La mère océanique de Marguerite Duras : un lieu métaphorique », Paradoxes de l’image, S. Loignon dir., Revue des Lettres modernes Minard, série Marguerite Duras n°3, 2009, p. 101-112.

-        « Les amants de Nevers dans Hiroshima mon amour : passion et compassion », Revue Thélème, Publications de l’Université Complutense de Madrid, vol. 22, 2007, p. 71-78.

-        « Les couloirs scéniques dans Les Yeux bleus cheveux noirs », Marguerite Duras. Marges et transgressions A. Cousseau et D. Denès éd., Presses Universitaires de Nancy, 2006, p. 171-179.

-          « L’architecture de l’invisible dans le cycle atlantique »,  Cahier de l’Herne Duras, sous la direction de Bernard Alazet et Christiane Blot-Labarrère, 2005, p.181-187.

 

3.    Publications et entretiens en ligne ou sur support audiovisuel

 

-        Centre Pompidou de Beaubourg (Paris), autour de l’exposition « Duras Song », entretien de Joëlle Pagès-Pindon avec Christine Angot « Ecrire après Duras », 15 novembre 2014. http://archives-sonores.bpi.fr/doc=4081

 

-        Revue FloriLettres, édition n°154, mai 2014  Marguerite Duras, Entretien avec Joëlle Pagès-Pindon. Propos recueillis par Nathalie Jungerman. http://www.fondationlaposte.org/article.php3?id_article=1599

 

-       « Le crime, l’obscur objet du désir durassien », article en ligne, site internet de L’Association  Marguerite Duras, 2009  http://www.margueriteduras.org/.

 

-        Supplément au DVD du film L’Après-midi de Monsieur Andesmasde Michelle Porte, adapté du roman de M. Duras, avec Michel Bouquet et Miou-Miou, Production MK2, septembre 2006 (« Des moments de lumière absolue », présentation du film).

  
 



Photographie "M.Duras écrivant" 1966. Michelle Porte
Photographie "M.Duras écrivant" 1966. Michelle Porte

MARGUERITE DURAS L'écriture illimitée

 

auteur : Joëlle Pagès-Pindon

 

éditeur : Ellipses

 

sortie : 27 janvier 2012


TABLE DES MATIERES

L’écriture illimitée : vivre le réel comme un mythe


Biographie(s)
   « Je n’ai pas de vie »
   Géographie : des lieux
   Histoire : des engagements
   Dédicaces et dialogues croisés : des amours, des amitiés


Genèse d’une écriture : M. D. avant Duras
    L’Empire français : point d’orgue d’une jeunesse coloniale
    Les Cahiers de la guerre : Genèse d’un imaginaire
    Caprice : première déclinaison du mythe de la passion durassienne


Un nom pour l’écriture : le pays du père
    « Toute une vie j’ai écrit »
     De Donnadieu/Th éodora à Duras/Steiner : les noms de l’écrivain
     Le pays du père : Les Impudents et La Vie tranquille


L’épopée des barrages : la tragédie de la mère
     Un barrage contre le Pacifi que : du réel au mythe
     La mère océanique, matrice poétique de l’écrit durassien
     Postérité du mythe : le fi lm de Rithy Panh


L’imaginaire du cycle indien
     Figures obsessionnelles du cycle indien
     Transgressions formelles et génériques


L’espace mythique de la « Durasie »
     Biomythographie : un espace existentiel
     Géomythographie : un espace cartographique


La parole de l’autre
     La parole libératrice
     L’altérité positive : le criminel, le fou


Les figures de la passion amoureuse
     « Amours, amants, amantes »
     Trois romans de la passion : « voix brûlées »
     L’Après-midi de M. Andesmas : le fi lm de Michelle Porte


Le cycle atlantique : le réel vécu comme un mythe
     Anamnèse et mise en abyme
     L’arrivée de Yann : date mythique et date réelle
     Son nom d’Andréa : l’androgynie scripturale
     L’homme atlantique et l’écriture illimitée
     Automythographie : Agatha, L’Amant


La voix, la scène
Le théâtre de la profération : « vous dites à voix haute les mots »
Scènes de la passion invivable
Savannah Bay : la légende de la pierre blanche


Bibliographie
Oeuvres de Marguerite Duras